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Centrale 7
Ateliers d'artistes 
Carreau de Bois II,
49500 Nyoiseau
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Centrale 7 est 
ouvert au public de Mai à Octobre

Réouverture le 15 Mai 2010
ouvert aux projets artistiques toute l'année !

Contact : 09 62 50 75 73.

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Lundi 9 novembre 2009

Vous pensez déjà cadeaux de Noêl ? Surtout pas d'affolement..
Si l'on peut vous donner un conseil : ATTENDEZ !

Car du 2 au 26 décembre ,quai Ligny à Angers,
c'est BAZAR DIVERS.
Marché de créateurs "Métamorphose des matériaux"
Ou comment transformer une course au cadeau en moments délicieux...

Une action organisée par quelques irréductibles qui pensent que Noêl doit rimer avec autre chose que "Tiroir -caisse" (d'ailleurs ça ne rime pas..)

BAZAR DIVERS  en quelques mots par Marie du Vaisseau Tomate : ! Attention les yeux !

6 YOURTES, UNE TENTE TIBETAINE, 60 créateurs, de nombreuses rencontres, des poignées d’oreilles attentives, des yeux époustouflés, des prises de paroles incontrôlées, des nouveautés écrasantes, un jeu de piste autour du monde en 80minutes, de l’osier et du bambou au taquet, une ambiance de fou du vin chaud et des BIOlogiques tartes au concombre, toujours sous des yourtes de plus en plus nombreuses et de toutes les tailles . Encore plus fort cette année 4 mongoles, 1 Kazakh, 1 ovale locale made in Angers (Boboss) et enfin une tente tibétaine!

Des grandes pour accueillir l’expovente aux couleurs de la récupération, du détournement et des matières naturelles. 2 moyennes pour le « salon discutoir » fidèle au poste de la convivialité avec ses breuvages et ses assiettes. Une petite pour des instants de relaxation et de découverte. Une tente tibétaine pour kiosque info et mise en valeur d’un artisan par weekend. Et la dernière yourte Kazakh pour les projections, débats, rencontres associatives, spectacles et musiques. Un joyeux vrai village, avec plus d’espace pour se poser, dans un cadre déjà bucolique, avec aussi plus de chaleur, et toujours une nouvelle déco mais cette année encore avec de l’osier et d’avantage de bambou.
Pour plus d'infos sur Bazar Divers, consulter leur blog en cliquant ici

Cette année, les artistes de Centrale 7 participent à Bazar Divers. Retrouvez leurs créations à petits prix sous les yourtes à partir du 2 décembre...


Lundi 9 novembre 2009


4eme épisode de la Série sur l'Art en Friche
En savoir plus sur l'Art en Friche ? cliquez ici

Témoignage de Schurder, artiste résident du collectif Art Cloche

A l'aube des années 80, une poignée d'artistes fauchés décidèrent de conquérir Paris afin de réaliser leur grand rêve - Que Paris redevienne la capital de l'art -
Comme dans toute grande idée il y a toujours quelque chose qui cloche - Ils prirent le nom d'ART -CLOCHE.

Et voici leur histoire.

Le soir est triste et froid -

La lune solitaire donne comme à regret ses rayons à la terre Le vent de la ville jette un cri déchirant -

Le flot de l'art semble une voix qui pleure -

Et la cloche des musées fait vibrer d'exposition en exposition 8Dans le ciel nuageux son glas de fin de règne -

C'est le 1er Novembre -

Au fond de l'atelier on entend chaque artiste affûter ses pinceaux.

C'est sur cette terre de désolation qu'à l'aube des années 80 une poignée d'artistes fauchés décidèrent de conquérir Paris -

Armés de leurs boîtes de couleurs ils montèrent à l'assaut de la capitale endormie

Cet art nomade de l'urgence - du quotidien - de la place publique -de la vie de tous les jours.

Où le bien et le mal se retrouvent et s'affrontent

Où l'amour et la haine se rencontrent et s'accouplent Où la joie et la peine s'expriment et communient Où le beau et le laid s'aiment et s'unissent

Car

Tant qu'y'a d'la CLOCHE - y'a d'la vie Tant qu'y'a d'l'ART -CLOCHE - y'a d'l'espoir

Descendant de leurs lointaines montagnes - Animés de leur amour de l'art (ils arrivèrent de partout.

Pékin - Moscou - Shanghai - Minsk - Venise - Meknès - Montréal - Rome - Berlin ÀNew-York - Porto - Bordeaux - Bourgogne -

Ils s'appelaient- Pawlowski - Starck - Schurder - Lolochka - Saban - Milovskaya - Yankel Pilar- Yane- Barbanti - Shigéo - Leuk - Smimoff-Till - Zbona

D'autres beaucoup d'autres vinrent les rejoindre.

Cette avant-garde sauvage des années de détresse apporta un souffle salutaire et salvateur à l'art formolé de ce siècle déclinant -

Ils révolutionnèrent l'art de la pratique artistique par le squatt Vomissant artistiquement le désespoir dans lequel se trouve l'artiste - Obligé d'occuper un espace pour travailler.

A l'insécurité de sa condition - s'ajoute l'inquiétude pour sa production qui peut être détruite du jour au lendemain - Chaque oeuvre esquissée est une oeuvre en péril qu'il doit protéger -Ils envahirent les friches industrielles et urbaines les transformant en palais mystérieux

abritant d'inquiétantes expositions.

Ils clouaient - collaient - liaient - assemblaient - les restes - rebuts de notre société industrielle crucifiant les vieilles gloires embaumées de nos musées catacombes Ainsi fleurirent dans ce Paris fossilisé sur les ruines glorifiées de nos cadavres exquis des ateliers - des galeries des expositions aux concepts les plus incongrus les uns que les autres.

Ils posèrent les fondations d'un nouvelle art qu'ils baptisèrent ART -CLOCHE au nom de la liberté et de l'amour

Tant qu'y'a d'la CLOCHE y'a d'la vie Tant qu'y'a d'l'ART -CLOCHE y'a d'l'espoir



VIE D’ARTISTE

Je vais quelque peu écorner cette image d'EPINAL que vous avez de la vie d'artiste mais que voulez-vous l'ART ce dernier bastion de liberté qu'il nous reste ---- Alors protégeons -le.

Je me vois dans l'obligation d'abandonner ce tableau -je ne puis plus le nourrir -

Tout a commencé il y a quelque temps - Bien peinard dans mon atelier-je rêvassais sur la Schair et le Sang de mes victimes- Quand une faim lancinante sournoisement installée depuis quelques jours importune ma rêverie Un plein d'puces passant par là je louche lorgne le soupèse de désir et d'envie d'un coup bref rapide l'envoie sur la croix rejoindre son grand frère 
Comme la peinture ça s'bouffe pas et qu'ça sert à rien j'l'apprête en civet et calme ainsi ma faim - Ma foi il n'avait pas si

mauvais goût il était assez consistant même et collait bien à l'estomac -Je me fis ainsi une nouvelle santé et au cours des semaines -- tous ses petits amis Y passèrent - Comme les têtes y'a rien à bouffer d'dans --J'les abandonnais dans des boîtes aux lettres - récupérées sur les chantiers de démolition- Chacune d'elles finit bientôt par recevoir une petite tête saignante j'en avais une dizaine quand ma voisine du dessus vint frapper à ma porte...

Monsieur -- qu'elle m'fait -- vous n'auriez pas vu mon mignon - Il a disparu depuis quelques jours et impossible de le

dénicher- Non M'dame - que j'lui fais - j'ai pas vu votre mignon- Ah bon qu'elle m'fait s'cusez-moi d'vous avoir dérangé -

De rien qu'j'lui réponds- Merci - qu'elle m'fait.

Mais je voyais bien que ma nouvelle santé la turlupinait - Moi qui depuis des années traînais une anémie boutonneuse pas très réjouissante et reposante voilà que tout à coup -- sans autre revenu que mes médiocres ventes -- je me mets à refleurir et à prendre du poil de la bête sans héritage ni amélioration de situation -

ça d'vait les faire jaser les mémés du quartier surtout que j'n'reçevais jamais de visite - seulement leurs petits pleins

d'puces et un à un leurs mignons avaient disparu - j'avais peur qu'elles se mettent à fouiller mes poubelles- aussi je me résignais à bouffer les os - je sentais bien que l'on m'épiait et j'en vins à ne plus sortir du squatt tellement j'étais pas tranquille - moi qui ne dérangeais personne et dont le seul crime était de bouffer du chat au lieu de lapin - de cochon - ou de vache enragée me voilà réduit à la vie d'ermite -alors que je n'ai aucune disposition pour ces trucs là -

Un incident banal me fit sortir de ma retraite et - sans prendre garde -je m'éloignais de l'atelier le laissant sans surveillance
-C'est ce moment rêvé -tant attendu par ma voisine qui fit mon malheur - ELLE - profitant de mon absence poussa la porte et fureta au hasard de sa curiosité

Lorsqu'elle ouvrit la première boîte aux lettres elle ne s 'attendaitpas - là-dedans - à retrouver son mignon - et elle

retrouva aussi les pleins d'puces-de ses copines Alors elle gueula elle gueula si fort qu'elle ameuta tout le quartier et elle gueula qu'elle le reconnaissait bien là son plein d'puces - et que c'était un crime - et qu'on l'avait bouffé son mignon - et que j'étais un salaud un sadique un dégueulasse on devrait me faire la même chose une charogne j'étais - et la petite d'en face qu'avait disparu - certainement qu'on la retrouverait aussi - coupée en petits morceaux - dans mes petites boîtes -

Revenant sans méfiance - quand je vis tout ce monde devant ma porte - que j'entendis tous ces hurlements - je compris assez vite surtout que ça gesticulait et bousculait dur là devant

je sauvai quelques tableaux que j'abandonnai au hasard des rencontres - vu qu'on ne me laissera pas tranquille tant que je boufferais du chat à la place de vache enragée - pourtant - je ne fais de mal à personne - je n'embête pas les gens - je les laisse bien tranquille avec leurs grandes affaires et petits commerces -

C'est ainsi que je perdis mon quatrième atelier et que je m'exilai à Saint -Germain des Prés,


SCHURDER


Vendredi 6 novembre 2009
Balade en images dans l'atelier d'un "ancien" de Centrale 7 : Tonitorfer, le créateur du fantastique taureau Starshaman (rappel des épisodes en cliquant ici).
Désormais installé près de Trentemoult avec un autre sculpteur, Ismael Nunez, aussi ami et complice de création.


Entre autres projets, les occupants des lieux s'activent autour de la réalisation  d'un Géange gardien, sculpture monumentale de 5 mètres de haut dont le mécanisme devrait permettre de faire battre les ailes et le coeur.
Le prototype en version miniature est déjà un petit bonheur pour les yeux.

Le Blog de Tonitorfer : cliquez ici















Le Blog de Ismael Nunez : cliquez ici





Vendredi 6 novembre 2009

Merci à Théophane Gillois qui nous laisse de bien belles traces visuelles de la soirée de clôture.
Le diaporama (de  quelques unes) de ses photos est visible en cliquant ici


Mercredi 4 novembre 2009

3eme épisode de la Série sur l'Art en Friche
En savoir plus sur l'Art en Friche ? cliquez ici

Témoignage de Lolochka, artiste résidente du collectif Art Cloche

 

une expérience de reconversion de friches en lieux de création

L’art Cloche ou comment créer, vivre, exposer diffuser ses oeuvres par des réseaux alternatifs montés dans des squats artistiques / 11 septembre 2009

L’ART CLOCHE bateau lavoir des années 80

Art Cloche, à l’origine Cloche Art est né dans le 14ème arrondissement de Paris aux confins du 13ème arrondissement, rue d’Arcueil, face à la Cité Universitaire Internationale, ombragé par le Parc Montsouris, dans les années quatre vingt. C’était un ancien dépôt de bombes occupé par des clochards, ferrailleurs, vagabonds, déchus de tout poils et des artistes purs et durs bohèmes ainsi que des dissidents de l’ex URSS...

Pour ma part, j’ai rejoins le groupe fin 85, diplômée des beaux arts de Venise fin 1981, j’avais dans le cinquième monté, aidée par ma famille et des amis un atelier-galerie, librairie de fabrication, création de masques que je démarrai artisan puis en association puis faillit faute de fonds.
En quête d’un atelier, je le trouvai là, véritable espace de liberté, de création et de monstration.

Pour la petite histoire, je suis née en 1957, rue de l’Amiral Mouchez, à un pas de la rue

d’Arcueil dans la maison du poète René Arcos qui y avait créé au début du siècle dernier les Editions du Sablier avec le peintre et graveur Franz Masereel, membre du mouvement pacifiste, il était un des fondateurs du cénacle des poètes de l’Abbaye de Créteil et ami de Romain Rolland. Juste pour rappeler qu’à l’époque ce qui permis à de nombreux artistes de s’installer à Paris et d’en faire la Capitale de l’Art était le prix dérisoire de l’immobilier, on pouvait se loger sans être aussitôt tenu de travailler 7h par jour (et donc d’abandonner

la création faute d’avoir le don d’ubiquité...) pour payer un loyer exorbitant; je suis née dans la maison d’un poète à Paris, mais je doute qu’il y ait encore beaucoup de poètes vivants à Paris aujourd’hui...

Le fait de me retrouver dans le lieu de ma petite enfance n’est pas innocent dans ma rencontre

décisive avec Art Cloche mais le facteur déterminant fut d’y pouvoir travailler avec d’autres et d’y confronter mon travail aussitôt accompli aussi bien dans de fructueux échanges avec les autres artistes ( confrontations de styles, d’écoles, de techniques) qu’avec les clochards ( un public exigeant...) et bien entendu de pouvoir le diffuser sur place. J’ai en effet rejoins le groupe à un moment où la diffusion des oeuvres grâce aux festivals organisés sur le site commençait à prendre de l’essor et amateurs, collectionneurs et marchands

commençaient de fréquenter le lieu et d’y acheter des oeuvres.

 

Le 6 rue d’Arcueil offrait des espaces cloisonnés et des espaces collectifs d’exposition régulièrement investis. Les clochards habitaient de préférence les rez de chaussée et le premier étage , les artistes occupaient les étages supérieurs. Les clochards et quelques artistes vivaient là mais la plupart des artistes avaient d’autres espaces où vivre à l’extérieur du squat bien que espace de travail et espace de vie pour un artiste, du moins ceux dont nous fûmes à ce moment était difficile à séparer tout à fait : pas d’atelier sans canapé et réchaud pour cuisiner! Là, pas d’horaires fixes mais des journées entières et des nuits de grande

activité pour préparer les festivals auxquels tout le monde participait et qui proposaient performances et concerts en plus des expositions proprement dites . Les ateliers étaient ouverts au public et artistes et clochards faisaient joyeusement visiter les lieux.

Des oeuvres emblématiques étaient créées pour les lieux mêmes Toute démarche commerciale était secondaire. Vendre n’était pas au coeur des préoccupations. Certains artistes refusaient et refusèrent jusqu’au bout toute tractation commerciale, je pense par exemple à Pierre Rodier qui avait investi tout un espace de fabuleuses yourtes mongoles bricolées avec des chiffons et des photos de magazine et qui ne voulut jamais se défaire d’une seule de ses pièces...Outre la gratuité du lieu, les matériaux utilisés par de nombreux artistes étaient gratuits également- matériaux de récupération-

Le bouillonnement créatif et intellectuel était renforcé par la présence d’une part des dissidents russes : artistes affirmés soucieux de préserver une liberté de création et de vie incompatible avec les pressions du régime qu’ils avaient quitté. Participant aux premiers festivals d’Art Cloche, on trouve Oscar Rabine- un des organisateurs de manifestations d’art dissident à Moscou, connues sous le nom de mouvement "des bulldozers" (des artistes avaient exposés dans un terrain vague de Moscou des oeuvres qu’ils ne pouvaient exposer ailleurs , l’exposition avait fait pas mal de bruit et avait été délogée par des bulldozers!...)

et d’autre part par la proximité de la Cité Universitaire Internationale et de ses étudiants en philosophie, médecine, musicologie, arts plastiques etc.... qui fréquentaient assidûment le squat- passons sur l’aspect pratique extrêmement agréable qui nous permettait d’aller nous doucher un jour au pavillon Anglais, un autre au pavillon Italien etc.... le 6 rue d’Arcueil n’étant pas équipé de toutes les commodités...

L’électricité - largement piratée- puis le téléphone installé sous un nom d’emprunt autorisèrent qu’une bonne activité s’y déploie néanmoins. On verra comment lorsque les promoteurs ont voulu récupérer les lieux, la coupure de l’eau et de l'électricité outre l’installation de provocateurs- dealers mandatés par la police- ont été déterminants pour chasser toute vie du squat...

 
Une vraie-fausse couverture d'Art Presse - Version Art Cloche


En Juin 1986, l’expulsion de la rue d’Arcueil connût quelque retentissement. Nous manifestâmes avec des slogans comme “ En France, on préfère les artistes morts que vivants” - ce qui est toujours vrai- et des journaux comme Libération firent écho à nos justes revendications.

Nous avions aussi le soutien des commerçants du quartier, d’artistes reconnus comme Yankel ( fils de Kikoïne, né à la Ruche de Montparnasse et qui, nous rendant il y a peu de temps visite dans l’atelier de Schurder à la Ruche de Ris nous confiait non sans émotion retrouver là l’atmosphère de son enfance...Ainsi l’esprit de la Ruche s’est bien perpétué là n’en déplaise à nos détracteurs , avec ses bons et ses mauvais côté...) nous avions donc à l’époque le soutien de la galerie Garig Basmadgian, de la galerie Marie Thérèse Cochin, toutes deux connues principalement pour les oeuvres d’art russe qu’elles proposaient.

Quelques politiques s'intéressèrent aussi à nous (sans doute bien obligés) telle Mme de Pannafieu et lorsque nous fûmes finalement expulsés, la Ville de Paris nous permis d’entreposer à titre gracieux nos oeuvres dans un garde meuble, le temps de nous retourner...

Nous traversâmes vaillamment la Seine et c’est dans un vaste atelier de réparation Citroën désaffecté , situé dans le 18ème , rue d’Oran que nous prîmes nos nouveaux quartiers pour y fonder Art Cloche 2.

Le lieu était fort différent : 5 000 m2 de plein pied sous une verrière soutenue par une charpente métallique admirable. Quelques bureaux mais somme toute fort peu de petits espaces par contre , un espace tellement vaste que, ce qui permettait des festivals rue d’Arcueil donnait, rue d’Oran envie d’oeuvrer dans des dimensions plus colossales et d'accueillir un public plus large.

Les clochards ne nous suivirent pas, le lieu n’était pas adapté à leurs besoins la dimension de l’habitat y étant considérablement réduite; par contre, d’autres artistes -plus ou moins artistes d’ailleursse joignirent au” noyau dur” . C’était les années 80 et le marché de l’art s’emballait : les artistes qui vendaient enfin leurs oeuvres côtoyaient des opportunistes soucieux de faire de l’argent facile. Mais, malgré l’intrusion des marchands dans le temple, l’esprit d’Art Cloche perdura et les festivals qui se déroulèrent rue d’Oran furent encore de belles fêtes - gratuites- où la créativité primait sur la rentabilité. J’y réalisai, par

exemple, un jeu d’échecs géant de 4m sur 4 avec un ami qui construisit l’échiquier et c’était vraiment pour y jouer ! (Ce jeu était composé d’une armée Art Cloche tourte faite de matériaux de récup et où la Reine occupait pour une fois la position symbolique du Roi- qui du coup pouvait mourir pour elle... qui s’opposait à une armée Lolochka de facture plus “classique” si je puis dire...)...
Georges Malentiel alors sculpteur y réalisa un somptueux cheval monumental qui se cabrait et qu’il dut abandonner dans les gravats...Là aussi nous travaillâmes avec le quartier, je me souviens que nous réalisâmes des peintures pour décorer la façade

d’une coopérative de produits biologiques (eh oui, déjà!) qui y est peut-être encore. D’autres marchands,

collectionneurs, galeristes, , mécènes s’intéressèrent à nous tels Eric Monti, M° Pierre Cornette de St Cyr,

Bernard Féli, Christine Colas, Dominique Stal et j’en oublie certainement. Nous organisâmes des séminaires

afin de définir plus avant ce qu’était “l’Art Cloche”, des critiques aussi s’intéressèrent à quelques uns d’entre

nous mais les styles étaient sans doute trop divers et nous étions trop farouches et rétifs à une labellisation...Nous publiâmes à l’époque un (faux) numéro d’Art Press dont nous avons encore quelques exemplaires, si cela vous intéresse d’en savoir plus sur Art Cloche...

La ville de Paris avait rue d’Oran un projet de crèche et Art Cloche 2 ne devait pas durer longtemps...

Avec le recul, Art Cloche 2 - pour exaltant- qu’il fut n’eut sans doute pas la profondeur d’Art

Cloche 1. Le lieu était magnifique mais un glissement s’opéra d’une véritable création artistique vers quelque

chose de plus spectaculaire et à tout prendre de moins artistique et de moins vivant. : La coexistence avec les clochards- pour dure qu’elle fut souvent- était très riche d’expérience de vie, de confrontation réelle de notre travail avec de vraies personnes, pas avec des “professionnels” de l’art... Le fait qu’ils n’aient pas eu

leur place dans le second squat a en fait considérablement affaibli nos positions en réalité. Aussi la venue des spéculateurs et professionnels de tout poil aura réduit trop vite et trop facilement ce que nous faisions à de vulgaires marchandises mais, c’est un -triste- constat, je ne crois pas que nous aurions pu agir autrement,

nous étions le terrain de changements sur lesquels nous avions peu de pouvoir... Art Cloche se dissous pratiquement avec la fin de la rue d’Oran mais, on peut dire que, déjà en quittant la rue d’Arcueil, quelque chose s’était irrémédiablement perdu...

Pourtant, il n’était pas question de cesser de travailler dans le même esprit de liberté radicale c’est à dire en refusant de “perdre notre vie à la gagner” mais de chercher par tous les moyens à continuer de consacrer l’essentiel de notre temps à créer, peindre... Rester libres et créatifs c’était alors continuer d’occuper des lieux abandonnés pour y créer en récupérant des matériaux jetés. Certains ouvrirent de nouveaux espaces sur Paris : les Russes par ci, d’autres par là, et le noyau dur d’Art Cloche opta pour l’exil en banlieue au CAES de Ris Orangis sur les traces de Schurder qui y avait installé son atelier dès la chute d’Arcueil...

 

Le C.A.E.S. de Ris Orangis : Centre Autonome d’Expérimentation Sociale- actuellement en cours de destruction- est une ancienne antenne de l’armée de l’air, à l’origine une chocolaterie, qui est passée par tous les ministères avant de finir lui aussi entre les mains des promoteurs. Un espace énorme composé de nombreux bâtiments dont d’anciens hangars d’avions et anciens bureaux qui abritât à son acmé : un centre d’hébergement affilié à la DDAS, une imprimerie, un atelier de sérigraphie, une salle de concert ( entre autres jouèrent La Mano Negra, les Négresses Vertes et tant d’autres), une salle de spectacles, un restaurant- cabaret, un théâtre, un garage associatif, deux tapissiers, une menuiserie, une école de Samba, un atelier de décoration et j’en passe et tout cela sans compter les habitants et les ateliers d’artistes...

Ce lieu comme son nom peut donner à penser est né sous des auspices plus politiques et sociales qu’artistiques st, si Art Cloche s’y retranche, il n’y eut jamais qu’un statut un peu à part. On créa là la Ruche de Ris puis y lançâmes les Croisières de l’Art en Essonne. Outre l’espace pour créer nous trouvâmes là encore une fois des espaces remarquables d’exposition à un point tel qu’y exposaient toujours volontiers ceux même qui exposaient en galerie. On exposait là mieux qu’en galerie mais on exposait aussi-pourquoi pas - en galerie et dans les lieux dévolus à la “culture” par les communes avoisinantes. Personnellement j'étais sous contrat avec une galerie (cela n’a pas duré longtemps...) au moment où je me suis installée au CAES puis, j’ai investi un atelier logement à Evry qui m’a été attribué par le Ministère de la Culture et où je suis encore, mais j’ai continué de travailler et d’exposer régulièrement au CAES. Parce qu’encore une fois c’est un espace de liberté et de création formidable et les lieux à chaque fois agencés différemment pour y accueillir des expositions sont cent fois plus intéressants que les galeries ( plus grands, aménageables à volonté...)

Aujourd’hui, le CAES est en train d’être démoli et, si les artistes y sont encore, les conditions d’épanouissement sont en voie de disparition. Les promoteurs veulent y construire des ateliers qu’ils vendront à qui pourra les acheter. Déjà, rue d’Arcueil, 6 ateliers d’artistes avaient été créés et proposés au “noyau dur’ d’Art Cloche. Mais, comme disait Schurder ici présent : “Que faire d’un atelier avec un loyer tel qu’il nous faudra travailler en dehors- et donc ne plus peindre- pour le conserver ?”

La logique d’Art Cloche est une logique résolument anticommerciale et anti-production marchande...

Même si les artistes désirent vivre de leur art et ne dédaignent pas de vendre, ce n’est pas au point d’en faire l’axe central de nos créations...Art rime avec clochard, vagabond, gratuité, recherche, peindre comme mode de vie, peindre, rester un enfant, peindre, créer, y consacrer le plus de temps possible et, pour ce faire, encore, longtemps après avoir été virés de Paris où il n’y saurait plus y avoir de pauvres, nous voilà rejetés de la banlieue et c’est en Province dans une ancienne ferme dans le Parc Naturel du Morvan que nous trouvons aujourd’hui ce dont nous avons besoin : de l’espace et des matériaux...

Dans ce nouvel espace, nous avons déjà pour voisins des artistes hollandais venus eux aussi chercher là ce qu’on ne trouve plus dans les villes ni dans leurs périphéries de l’espace à un coût abordable...

Pour conclure, je dirai que pour Art Cloche peu importait la nature des friches occupées et, si l’on nous avait proposé un château Renaissance, nous nous y serions trouvés biens - nous saurions intervenir à Versailles!- Notre voeu pieu serait que toute recherche, toute création, ne soit pas asphyxiée par le souci de la rentabilité immédiate. Tant qu’il restera des espaces abordables, des artistes s’y installeront pour y créer et l’art ne sera pas complètement mort ou complètement soumis.

Je vous remercie de votre attention, merci aux organisateurs, merci tout particulièrement à toi Claire Gravrand et bon courage et bonne chance à vous dans ce lieu formidable !

L’aventure continue


Lolochka


Mercredi 21 octobre 2009


2eme épisode de la Série sur l'Art dans les Friches

Centrale7, une friche rurale


Il y a quelque chose d'un peu surréaliste à voir les chevalements de Bois II, de loin quand on roule en rase campagne,ou sur la 4 voies en direction des grandes villes : Rennes ou Angers. Ces deux chevalements d'acier et de béton marquent le paysage, ils désignent un endroit, pas seulement un patrimoine industriel d'architecture et de techniques, mais un endroit humain,ce n'est pas un hasard si l'art et la culture s'y retrouvent.  

Nous avons souvent des visiteurs que ces tours ont détournées de leur route et qui s'approchent du lieu... demandant à voir de plus prés.
La friche industrielle transforme un paysage rural, avec un environnement qui est la marque de la ville, c'est aussi social avec la cité des mineurs, ces petites maisons avec jardinet, la chapelle...tout d'un coup on est sur une autre planète, la planète- vestige de la mine et on ne peut pas en faire abstraction.

 
Parfois d'anciens mineurs nous rendent visite et nous apprenons l'histoire humaine des locaux où nous travaillons : cette pièce était le bureau du chef , on pouvait en sortir avec huit jours de soupe , c'est à dire rester à la maison sans être payés.
Maintenant le sourire de Cécile Pavec, notre directrice nous y accueille...

  

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Wesserling

 

Un parc avec des usines

Usines textiles à Wesserling en 1900, Imprimerie Alsacienne

 

 

Je vais maintenant vous faire part d'une visite sur un autre site, en milieu rural, lui aussi , un des fiefs de l'industrie textile Vosgienne que j'ai visité cet été et qui est en cours de reconversion très avancée On se situe après l'étape de l'abandon et des occupations des artistes qui s'y sont installés pour créer.

Il s'agit d'Husseren Wesserling, un grand parc avec des usines dedans1 .

 

 C'est un vaste complexe où s'échelonnent un quart de millénaire d'industries textiles et de ses vestiges, dans un environnement touristique avec prairies et montagnes. Les ballons d'Alsace ne sont pas loin, château, maison de maitre, grand parc, potager et jardin à la française cohabitent avec les bâtiments industriels et les reconversions successives au fil des siècles suivant les progrès techniques en matière d'énergies, de machines et d'architecture.

Il y a peu de sites en Europe qui proposent un aussi grand échelonnage dans le temps.
C'est une véritable anthologie des façons de bâtir l'usine. Après quelques éradications fatales, destruction de certains bâtiments et cheminées jusqu'aux années quatre vingt, le site été réinvesti différemment . On y trouve pèle mêle une pépinière d'entreprises, des commerces d'artisanat, des lieux de culture, théâtre,musée du textile, des expositions d' art contemporain . Il s'agit donc de renaissance en terme d'économie

J'ai eu la surprise de découvrir dans une zone du site, des bâtiments à l'abandon, certains encore debout, d'autres sheds à ciel ouvert, semblent un no man's land ...

 

C'était un instant magique, une chance d'assister à ce moment pré rénovation.

 

On distingue les machines à l'intérieur du bâtiment du tissage , la brillance des bobineaux de soie écrue qui accrochent la lumière au travers des vitres cassées et noircies. Son jumeau la filature, a été rasé en 1983, à la période où on éradiquait complètement les usines, comme c'était souvent la règle jusqu'aux années quatre vingt.

 Le tissage 1836

D'autres bâtiments montrent leur carcasse, architecture à ciel ouvert, exposition à l'air libre des matériaux qui serviront à la rénovation, une sorte de « ventre à l'air » de l'usine.

   

 

Restauration des bâtiments

 

On a choisi de rénover en gardant les volumes et les ouvertures avec des traces des machines à l'intérieur. Cela était nécessaire car les toits s'écroulaient, le fer rouillait présentant un danger pour tous visiteurs. Mais la restauration s'est faite dans un lissage, polissage des matériaux.

On lit certes les volumes mais on s'éloigne de l'humain de la sueur du travail. Un vestige de porche de la filature de 1802 se dresse, lissé de crépi crème, une survivance2 très peaulissée... Et qu'en est-il des étapes intermédiaires, le temps des occupations artistiques sauvages, on lit dans un shed promu à une prochaine démolition, les traces de fresques d'artistes qui un temps s'y sont installés.

 

 

Place des artistes

 

Wesserling développe une orientation culturelle et artistique aussi bien par les bâtiments à vocation culturelle théâtre, musique, que par les événements organisés. Le musée du textile3 en même temps qu'il apporte une connaissance sur les techniques d'impression anciennes et actuelles propose des expositions à des artistes qui sont proches du textile ou de la nature.

 

Le parc a été réaménagé sur les tracés des jardins à la française, à l'anglaise et le potager propose des essences rares et des plantations sur la composition de dessins textiles.  

 Dans le parc du château, tous les étés,a lieu un festival des « jardins métissés » dont le thème change chaque année; une dizaine d'artistes choisis proposent une œuvre en lien avec les techniques de l'industrie textile et la botanique.
Il s'agit pour l'artiste de répondre à une thématique, il est aidé et soutenu pour cette création pour un lieu.
C'est très différent d'une création sur un site dans la proximité et la mémoire encore vivante de la friche.
Ces deux composantes devraient être complémentaires.  
Les endroits « touristiques » : musée du textile, et parc étaient très fréquentés lors de ma visite mais le lieux des friches était désert si ce n'est un groupe d'artistes de théâtre qui occultaient les ouvertures d'une ancienne chaufferie pour un prochain spectacle.
Le friche industrielle est donc encore méconnue du grand public, qui commence à s'y intéresser lorsqu'elle est annoncée comme patrimoine.

 

Perspectives

 

les friches industrielles, un patrimoine à préserver

 

40000 bâtiments sont protégés en France par les monuments historiques, 14000 sont classés et seulement 1400 datent du XXéme siècle4. Les friches occupent de vastes territoires au cœur des villes et sont très convoités, surtout en terme de logements (ce qui casse les volumes à l'intérieur en cloisonnant l'espace) de commerces, des services, de grandes surfaces....

 

L'architecte Jean Nouvel a déclaré dans le monde du 6 mars 1999 «  Boulogne assassine Billancourt » à propos du projet de destruction des ateliers des usines Renault5.
Comment rénover sans effacer, dans le respect des volumes, des matériaux et de l'histoire?

 

C'est une chance pour nous d'être à la campagne car les sites ont été moins systématiquement rasés et laissés en état, on a pas ce besoin urgent de faire de la place.

 

Développement durable


Réhabiliter revient économiquement moins cher que de raser, toutes les infrastructures sont déjà présentes, eau, électricité, réseau routier … encore faut il tenir compte des riverains, favoriser une mémoire et une expression culturelle locale avec apport de l'extérieur. La visite du site de Bois II est présente cette année aux journées du patrimoine.

 C'est un devoir que nous avons de transmettre à nos descendants, faire revivre et pas seulement muséifier.
Les ouvriers du site sont les premiers à vouloir que leur usine perdure, mémoire de leur dur labeur et aussi de leurs luttes sociales, et à ce titre ce sont des lieux qui ne méritent pas le chômage et doivent être réinvestis. Le bois II en fait partie.
Par l'intérêt qu'ils ont eu et ont encore pour ces sites, les artistes, ces travailleurs opiniâtres, amuseurs publics et souvent sponsors de leur propre œuvre, méritent leur place dans les restaurations nécessaires et dans ces lieux qui les portent à la création.

 

1Voir l'ouvrage de FLUCK Pierre, FLUCK Apolline, Wesserling, l’Eden du textile, éd. Jérôme Do.Bentzinger Editeur, Colmar, 2008, P. 13.

2Voir à propos de la survivance DIDI-HUBERMANGeorges , Nympha moderna, éd. Gallimard, 2002.

3Musée du textile et Parc de Wesserling 68470 Husseren-Wesserling

4Dans Patrimoine industriel, Emmanuel de Roux, Georges Fessy, éd. Du patrimoine, Scala 2000.

5Dans Patrimoine industriel, Emmanuel de Roux, Georges Fessy, éd. Du patrimoine, Scala 2000.


Mardi 13 octobre 2009
Samedi 17 Octobre à partir de 21h :


EAT YOUR TOYS
: Groupe de Rennes évoluant dans une veine indie-rock, post-punk, disco-house  programmés sur la tournée des Transmusicales de Rennes 2009, ils sont trois, viennent de finir l'enregistrement d'un Ep dans un studio parisien et entame une tournée dans l'ouest dont la première date est à Centrale 7.
http://www.myspace.com/eatyourtoys  
 
BULLITT : Après avoir touché le soleil de près lors de son précédent EP, Bullit prend la direction des étoiles en vous présentant  « FULL MOON ». AU travers de ces 4 titres, Bullitt raconte la traversée de l'espace et le premier pas posé sur la Lune. L'apparition de samples et de boucles nerveuses affirme le style électro-rock du groupe : un savant mélange de rock, de dub et de big beat. http://www.myspace.com/bbullitt 
 


FRED F
: Dj autodidacte, Fred collectionne les disques vinyls oldies, il dispose d'une vraie collection de petites pépites allant du rock psyché des 70's aux sons plus actuels d'aujourd'hui, il vous distillera un mix dont seul lui a le secret!!!!
 
PURPLERISER :DJ réputé du grand ouest, Julien défend la musique électronique depuis de nombreuses années, il a participé et organisé de nombreux évenements dans l'ouest de la France au sein des collectifs "eko d' sens" et "electronautes", pour nous il finira la soirée dans les contrées de l'électro tek et de la techno minimale. http://www.myspace.com/purpleriser



Mardi 13 octobre 2009
11 artistes exposent actuellement à Centrale 7 :

Bruno ANTONY - plasticien
Jérémie BRUAND - plasticien
Frédérique DIETZ - peintre
Thomas FREY - dessinateur, affichiste, graffeur
Claire GRAVRAND - plasticienne
JIMMIX - sculpteur, designer
CLAIRE LARDEUX - peintre
Julien LEFER - photographe
Michel LIENARD - peintre
ALAIN PONCON - peintre
Guy CODA - peintre

Dernières dates d'ouverture :
Samedi 17 Octobre à partir de 21h
Dimanche 18 Octobre / de 15h à 19h



Des images du vernissage en musique, ce vendredi 11 septembre :







Dimanche 11 octobre 2009

Samedi 10 octobre 2009

 

Je vais parler de mon choix de prendre un atelier à Centrale 7, des raisons pour lesquelles un artiste peut avoir envie de s'installer dans un endroit pareil.... et un travail réalisé sur le site «  la cage » montrera comment le lieu peut influencer, faconner la création.


J'évoquerai ensuite une visite sur un site industriel textile, Wesserling en Alsace, en milieu rural comme Centrale7.

Ce lieu est en cours de rénovation, certains bâtiments ont été réinvestis en terme d'économie, d'autres sont en état de délabrement. Nous essayerons de voir la place de l'artiste à ces étapes différentes de la dé construction / reconstruction...

 

Un atelier dans une friche


 

Conditions matérielles

 

Arrivée dans la région angevine, en octobre 2008, j'ai eu la chance de prendre contact très rapidement avec cette équipe dynamique de jeunes artistes installés sur le carreau de la mine et dans les anciens ateliers de restauration des wagons qui acheminaient le minerai de fer.

Le lieu esthétique, inhospitalier et magique à la fois, une sorte d'île au milieu de la campagne avec usines et village de mineurs m'a tout de suite attirée.

J'aime depuis longtemps les collectifs d'artistes où il se passe quelque chose : se retrouver avec des personnes qui ont les mêmes affinités et nécessités, cela permet d'avancer...

Ces bâtiments avec une sorte de « ruche d'artistes » m'évoquaient le Caes de Ris Orangis, l'ancienne chocolaterie puis caserne où Lolochka et Henri Schurder présents à la conférence, avaient leurs ateliers. Je n'y travaillais pas sur place mais pendant une dizaine d'années j'ai participé à leurs expositions dans le cadre d'Art Essonne.

 

C'était le lieu où je trouvais la plus grande liberté d'expression, où ma créativité n'était pas bridée : je pouvais proposer des œuvres que je n'aurai pas pu montrer ailleurs à cette période. On pouvait y créer les œuvres les plus folles : des portes géantes qui clignotent, des expositions entièrement bleu dans un lieu, rouge où blanc dans d'autres.

C'est là que j'ai élaboré le travail sur lequel j'opère encore : l'inclusion de vêtements dans du papier1.

 A Centrale7, j'ai pris 9 mois pour travailler sans espace précis et observer... au début je voulais tester mes capacités à supporter un atelier dans ce lieu particulier, puis c'est devenu une préoccupation accessoire, j'ai été conquise par le projet, la reviviscence du lieu et je m'y suis embarquée et j'ai pris un atelier à cet endroit, le 1er août.
La friche offre de grands espaces pour travailler, des hauteurs considérables et c'est très intéressant pour créer, ce sont des espaces de liberté.

Les conditions matérielles de travail à la friche sont difficiles, il faut le vouloir pour travailler dans un endroit comme Centrale7, on est souvent seul, isolé en rase campagne, avec le vent qui souffle en plein hiver, les oiseaux qui traversent les hangars, avec le bruit du cliquetis des fuites d'eau.

Les bâtiments sont en délabrement, il faut donc commencer par retrousser ses manches pour s'approprier le lieu et rénover,lessiver,repeindre et se préoccuper de contingences matérielles, l'électricité, le chauffage, l'hiver.

S'installer à Centrale7, c'est pour moi créer en un lieu chargé d'histoire et de traces d'une époque révolue, celle des industries du XIXéme et XXéme siècle, cela fait écho à mon travail plastique où je collecte des vêtements anciens, objets de mémoire qui parlent de l'humain, celui ou celle qui a cousu et ou porté le vêtement.

En somme, choisir de s'installer pour créer dans une friche , répond pour l'artiste à des solutions économiques.

C'est aussi une démarche symbolique, un positionnement politique et un choix esthétique .
 

Économiques

 

Ces lieux sont peu onéreux, et offrent à l'artiste un espace de liberté pour créer, pour montrer son travail.

C'est en même temps un service rendu, une période de transition pour ces sites en attendant une réhabilitation, nécessaire car le fer continue à rouiller, les bâtiments à l'air libre se défont : les artistes entretiennent, chauffent, les bâtiments qui, ainsi se dégradent moins vite, c'est aussi un gardiennage qui évite le vandalisme...

 

Symbolique

 

Les friches industrielles sont authentiques. il y a toute une histoire en ces lieux, la mémoire de tous ces hommes qui y ont travaillé dur. C'est peut être cela que l'artiste recherche en s'y installant, une superposition de ses propres gestes sur ceux des travailleurs, creuser son sillon créatif, comme autrefois les mineurs dans les galeries.

C'est aussi réparer par la couleur et rendre joyeux ces lieux de dur labeur, un conglomérat d'énergies positives par le collectif d'artistes et par les échanges que générent les évenements (expositions, rencontres...)

 

Un positionnement politique

 

En s'installant dans l'usine en friche, l'artiste ne rejoue pas seulement des gestes de travail, il réactive la mémoire des occupations ouvrières, une défense des conditions sociales et humaines en terme de travail et d'habitat, une lutte contre le chômage. Créer à l'usine, c'est dire que celle ci doit continuer à produire, de l'artistique cette fois en marge des circuits officiels de l'art.

 

La friche à arpenter, un esthétisme

 

S'installer à la mine suppose une trajectoire celle qui nous y conduit. Cela nous implique dans la problématique de « créer en marchant »2 qui avive la créativité. Baudelaire créait ses poèmes en arpentant les rues de paris. Le land art et des mouvements plus contemporains s'appuient sur la déambulation, le cheminement.

Le carreau de la mine nous offre de grands espaces à investir, l'intérieur des bâtiments mais aussi l'extérieur, le carreau et au delà.

Les wagonnets et pièces de machines rouillées qui s'offrent au regard ici ou là sont des sculptures toutes prêtes, la ferraille noire en débris qui s'étend aux sols du carreau de la mine , du minerai de peinture tout prêt. Les buttes de terril transforment le relief, c'est un endroit artistique en soi, cela nous met en création de façon immédiate.


 

Y aurait-il un art de la mine?

On trouve parfois de l'un à l'autre de ces lieux des correspondances de travaux artistiques, par les matériaux employés de récupération ou non (métaux, limaille de fer...) les couleurs sont celles de la mine. L'œuvre parfois s'efface devant les vestiges, elle vient en soutien,comme « La Cage ».


« La Cage »

 

« La cage » est un travail élaboré dans la mine dés mon arrivée à Centrale 7.



Durant hiver 2008-2009, j'ai posé des bâches de géotextile3 sur l'emplacement des rails où circulaient les wagonnets vers l'atelier de réparation .

Ces bâches sont restées en place tout l'hiver avec une invite aux visiteurs de marcher dessus, dans le but de superposer leurs traces à celles des rails. C'est une période où nous n'ouvrons pas au public , il s'agit donc des usagers actuels de la mine.

 

C'est un simulacre d'absorbtion du passage de ces monstres de fer qui trônent aujourd'hui rouillés sur le carreau. J'ai renforcé cette écriture graphique en insérant dans les creux, du minerai de fer, cette matière riche et dense donne un noir mat qui s'apparente au fusain et permet de dessiner avec du matériel prélevé au site.

 

 Cette bâche montée sur une couverture et rehaussée de fils de laiton devient tapis suspendu dans le lieu pour être montrée lors de l'exposition « Centrale7 et Cie»4 en regard des rails de la mine.

 

 

Il s'agit donc dans ce travail, de prélèvements : des traces, du minerai appliqué à mains nus puis de déplacement : un marquage très archaïque, une façon de poser sa main sur le monde, de présence artistique qui souligne l'absence, le vécu de la mine. Marie José Mondzain5 nous dit à propos des pigments des temps préhistoriques: «  Il arrive que la main soit directement trempée dans les pigments, immergée dans la couleur et que l'homme la pose sur la roche et l'appuie longuement. L'homme s'appuie sur le monde.

  Bâche à l'emplacement des rails, 2m large X 8 m long, hiver 2008-2009



 

 

Bâche entrecroisement des voies,2 X 2m, hiver 2008-2009



 

   



 

 

L'artiste est donc témoin de son temps et donne à voir ce qui lui paraît essentiel, ici des traces qui ne doivent pas disparaître, un patrimoine à préserver?

   

Ma démarche plastique parle du temps, celui d'hier, par les traces qui ne nous donnent pas accès à toute l'histoire, et celui d'aujourd'hui par celles que je superpose par la peinture et les gestes ajoutés. J'invente donc une mémoire fictive.

En vis à vis des bâches en place, je réalisai en même temps, une série de portraits imaginaires à l'encre et à l'aquarelle : ce sont des visages nés au gré du pinceau, donc personne et toute une humanité à la fois, avec la seule contrainte d'une palette réduite aux rouille et bleu ( un récit m'a été fait de travailleurs remontant des puits du fond, bleus de minerai d'un des chevalements et rouille de l'autre).


Mon travail parle de temps et de perdition de l'image, de l'identité, de la mémoire, donc de l'humain , des traces qui restent du contact de sa peau sur le vêtement, de ses gestes de travail et de vie. J'ai donc inséré les portraits imaginaires dans une sorte de boîte dont l'écran de nylon sert de filtre symbolique, c'est envoyer encore plus loin ces traits du visage dans l'oubli ,l'effacement.

Ces boîtes sont la partie supérieure de tamis pour la farine et viennent d'un moulin. Ce sont aussi des objets de mémoire déplacés du moulin à la mine : la machinerie des brosses en rotation a laissé des traces de cercles concentriques avec des manques. Cette farine agglutinée par le temps permet de d'entrer en résonance avec d'autres formes rondes des visages peints, focaliser sur un détail, un regard...La farine est aussi un liant à l'origine de la fabrication des peintures. Peindre avec du fer, peindre avec de la farine... travailler, creuser, superposer, créer...

 

Les boîtes où les portraits sur papier sont serrés par deux, superposés comme dans une sorte d'ascenseur parlent du confinement, de l'enfermement, et donc sont en correspondance avec la promiscuité des mineurs dans la cage, leur fragilité face à la machine.

 

 

Pour l'exposition « Centrale 7 et Cie » , ce travail a trouvé place sur la cage de fer qui descendait quotidiennement les mineurs au fond ,par groupes de16 à la fois, de 6 mètres par secondes.

Le cheval Courton6 y prenait place également avec son maître pour sa journée de labeur, il était remonté à la surface le soir pour passer la nuit dans sa pâture à l 'air libre.Un privilége à Bois II, car souvent les chevaux passaient leur vie au fond,sans voir la lumiére dans d'autres mines.

 

Il y a donc dans mon travail sur le lieu, un décollement des traces de la machine pour la bâche ainsi qu'une mise en évidence de l'humain par les boîtes installées sur le vestige de la cage.

 

1« Blanc comme un linge » proposé pour l'exposition « Blanc » en 2001 au château de Villiers Draveil 91.

2Voir L'Art de marcher Barbara Solnit, éd. Actes Sud, Paris 2002.

3Le géotextile Bidim sert à drainer en souscouche les sols.

4Exposition « Centrale 7 et Cie » Carreau de la mine de fer de Nyoiseau 49500, du 11 septembre au 18 octobre 2009.

5MONDZAIN Marie, Homo spectator, éd. Bayard, Paris, 2007, p. 29.

6Récit de Pierrot, mineur 33 ans de fond, carreau de la mine de Bois II, Nyoiseau 49500..

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