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Centrale 7
Ateliers d'artistes 
Carreau de Bois II,
49500 Nyoiseau
email : centrale7[at]laposte.net

Tel : 02 41 61 30 34. 


Plan d'accès, Comment venir ? : cliquez ici 

OUVERTURE :

° ouverture au public de mai à octobre
.. rendez-vous donc le Samedi 26 Mai 2012 !

° ouvert aux projets artistiques toute l'année

les ateliers fonctionnent en continu.

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 18:50

 

Je vais parler de mon choix de prendre un atelier à Centrale 7, des raisons pour lesquelles un artiste peut avoir envie de s'installer dans un endroit pareil.... et un travail réalisé sur le site «  la cage » montrera comment le lieu peut influencer, faconner la création.


J'évoquerai ensuite une visite sur un site industriel textile, Wesserling en Alsace, en milieu rural comme Centrale7.

Ce lieu est en cours de rénovation, certains bâtiments ont été réinvestis en terme d'économie, d'autres sont en état de délabrement. Nous essayerons de voir la place de l'artiste à ces étapes différentes de la dé construction / reconstruction...

 

Un atelier dans une friche


 

Conditions matérielles

 

Arrivée dans la région angevine, en octobre 2008, j'ai eu la chance de prendre contact très rapidement avec cette équipe dynamique de jeunes artistes installés sur le carreau de la mine et dans les anciens ateliers de restauration des wagons qui acheminaient le minerai de fer.

Le lieu esthétique, inhospitalier et magique à la fois, une sorte d'île au milieu de la campagne avec usines et village de mineurs m'a tout de suite attirée.

J'aime depuis longtemps les collectifs d'artistes où il se passe quelque chose : se retrouver avec des personnes qui ont les mêmes affinités et nécessités, cela permet d'avancer...

Ces bâtiments avec une sorte de « ruche d'artistes » m'évoquaient le Caes de Ris Orangis, l'ancienne chocolaterie puis caserne où Lolochka et Henri Schurder présents à la conférence, avaient leurs ateliers. Je n'y travaillais pas sur place mais pendant une dizaine d'années j'ai participé à leurs expositions dans le cadre d'Art Essonne.

 

C'était le lieu où je trouvais la plus grande liberté d'expression, où ma créativité n'était pas bridée : je pouvais proposer des œuvres que je n'aurai pas pu montrer ailleurs à cette période. On pouvait y créer les œuvres les plus folles : des portes géantes qui clignotent, des expositions entièrement bleu dans un lieu, rouge où blanc dans d'autres.

C'est là que j'ai élaboré le travail sur lequel j'opère encore : l'inclusion de vêtements dans du papier1.

 A Centrale7, j'ai pris 9 mois pour travailler sans espace précis et observer... au début je voulais tester mes capacités à supporter un atelier dans ce lieu particulier, puis c'est devenu une préoccupation accessoire, j'ai été conquise par le projet, la reviviscence du lieu et je m'y suis embarquée et j'ai pris un atelier à cet endroit, le 1er août.
La friche offre de grands espaces pour travailler, des hauteurs considérables et c'est très intéressant pour créer, ce sont des espaces de liberté.

Les conditions matérielles de travail à la friche sont difficiles, il faut le vouloir pour travailler dans un endroit comme Centrale7, on est souvent seul, isolé en rase campagne, avec le vent qui souffle en plein hiver, les oiseaux qui traversent les hangars, avec le bruit du cliquetis des fuites d'eau.

Les bâtiments sont en délabrement, il faut donc commencer par retrousser ses manches pour s'approprier le lieu et rénover,lessiver,repeindre et se préoccuper de contingences matérielles, l'électricité, le chauffage, l'hiver.

S'installer à Centrale7, c'est pour moi créer en un lieu chargé d'histoire et de traces d'une époque révolue, celle des industries du XIXéme et XXéme siècle, cela fait écho à mon travail plastique où je collecte des vêtements anciens, objets de mémoire qui parlent de l'humain, celui ou celle qui a cousu et ou porté le vêtement.

En somme, choisir de s'installer pour créer dans une friche , répond pour l'artiste à des solutions économiques.

C'est aussi une démarche symbolique, un positionnement politique et un choix esthétique .
 

Économiques

 

Ces lieux sont peu onéreux, et offrent à l'artiste un espace de liberté pour créer, pour montrer son travail.

C'est en même temps un service rendu, une période de transition pour ces sites en attendant une réhabilitation, nécessaire car le fer continue à rouiller, les bâtiments à l'air libre se défont : les artistes entretiennent, chauffent, les bâtiments qui, ainsi se dégradent moins vite, c'est aussi un gardiennage qui évite le vandalisme...

 

Symbolique

 

Les friches industrielles sont authentiques. il y a toute une histoire en ces lieux, la mémoire de tous ces hommes qui y ont travaillé dur. C'est peut être cela que l'artiste recherche en s'y installant, une superposition de ses propres gestes sur ceux des travailleurs, creuser son sillon créatif, comme autrefois les mineurs dans les galeries.

C'est aussi réparer par la couleur et rendre joyeux ces lieux de dur labeur, un conglomérat d'énergies positives par le collectif d'artistes et par les échanges que générent les évenements (expositions, rencontres...)

 

Un positionnement politique

 

En s'installant dans l'usine en friche, l'artiste ne rejoue pas seulement des gestes de travail, il réactive la mémoire des occupations ouvrières, une défense des conditions sociales et humaines en terme de travail et d'habitat, une lutte contre le chômage. Créer à l'usine, c'est dire que celle ci doit continuer à produire, de l'artistique cette fois en marge des circuits officiels de l'art.

 

La friche à arpenter, un esthétisme

 

S'installer à la mine suppose une trajectoire celle qui nous y conduit. Cela nous implique dans la problématique de « créer en marchant »2 qui avive la créativité. Baudelaire créait ses poèmes en arpentant les rues de paris. Le land art et des mouvements plus contemporains s'appuient sur la déambulation, le cheminement.

Le carreau de la mine nous offre de grands espaces à investir, l'intérieur des bâtiments mais aussi l'extérieur, le carreau et au delà.

Les wagonnets et pièces de machines rouillées qui s'offrent au regard ici ou là sont des sculptures toutes prêtes, la ferraille noire en débris qui s'étend aux sols du carreau de la mine , du minerai de peinture tout prêt. Les buttes de terril transforment le relief, c'est un endroit artistique en soi, cela nous met en création de façon immédiate.


 

Y aurait-il un art de la mine?

On trouve parfois de l'un à l'autre de ces lieux des correspondances de travaux artistiques, par les matériaux employés de récupération ou non (métaux, limaille de fer...) les couleurs sont celles de la mine. L'œuvre parfois s'efface devant les vestiges, elle vient en soutien,comme « La Cage ».


« La Cage »

 

« La cage » est un travail élaboré dans la mine dés mon arrivée à Centrale 7.



Durant hiver 2008-2009, j'ai posé des bâches de géotextile3 sur l'emplacement des rails où circulaient les wagonnets vers l'atelier de réparation .

Ces bâches sont restées en place tout l'hiver avec une invite aux visiteurs de marcher dessus, dans le but de superposer leurs traces à celles des rails. C'est une période où nous n'ouvrons pas au public , il s'agit donc des usagers actuels de la mine.

 

C'est un simulacre d'absorbtion du passage de ces monstres de fer qui trônent aujourd'hui rouillés sur le carreau. J'ai renforcé cette écriture graphique en insérant dans les creux, du minerai de fer, cette matière riche et dense donne un noir mat qui s'apparente au fusain et permet de dessiner avec du matériel prélevé au site.

 

 Cette bâche montée sur une couverture et rehaussée de fils de laiton devient tapis suspendu dans le lieu pour être montrée lors de l'exposition « Centrale7 et Cie»4 en regard des rails de la mine.

 

 

Il s'agit donc dans ce travail, de prélèvements : des traces, du minerai appliqué à mains nus puis de déplacement : un marquage très archaïque, une façon de poser sa main sur le monde, de présence artistique qui souligne l'absence, le vécu de la mine. Marie José Mondzain5 nous dit à propos des pigments des temps préhistoriques: «  Il arrive que la main soit directement trempée dans les pigments, immergée dans la couleur et que l'homme la pose sur la roche et l'appuie longuement. L'homme s'appuie sur le monde.

  Bâche à l'emplacement des rails, 2m large X 8 m long, hiver 2008-2009



 

 

Bâche entrecroisement des voies,2 X 2m, hiver 2008-2009



 

   



 

 

L'artiste est donc témoin de son temps et donne à voir ce qui lui paraît essentiel, ici des traces qui ne doivent pas disparaître, un patrimoine à préserver?

   

Ma démarche plastique parle du temps, celui d'hier, par les traces qui ne nous donnent pas accès à toute l'histoire, et celui d'aujourd'hui par celles que je superpose par la peinture et les gestes ajoutés. J'invente donc une mémoire fictive.

En vis à vis des bâches en place, je réalisai en même temps, une série de portraits imaginaires à l'encre et à l'aquarelle : ce sont des visages nés au gré du pinceau, donc personne et toute une humanité à la fois, avec la seule contrainte d'une palette réduite aux rouille et bleu ( un récit m'a été fait de travailleurs remontant des puits du fond, bleus de minerai d'un des chevalements et rouille de l'autre).


Mon travail parle de temps et de perdition de l'image, de l'identité, de la mémoire, donc de l'humain , des traces qui restent du contact de sa peau sur le vêtement, de ses gestes de travail et de vie. J'ai donc inséré les portraits imaginaires dans une sorte de boîte dont l'écran de nylon sert de filtre symbolique, c'est envoyer encore plus loin ces traits du visage dans l'oubli ,l'effacement.

Ces boîtes sont la partie supérieure de tamis pour la farine et viennent d'un moulin. Ce sont aussi des objets de mémoire déplacés du moulin à la mine : la machinerie des brosses en rotation a laissé des traces de cercles concentriques avec des manques. Cette farine agglutinée par le temps permet de d'entrer en résonance avec d'autres formes rondes des visages peints, focaliser sur un détail, un regard...La farine est aussi un liant à l'origine de la fabrication des peintures. Peindre avec du fer, peindre avec de la farine... travailler, creuser, superposer, créer...

 

Les boîtes où les portraits sur papier sont serrés par deux, superposés comme dans une sorte d'ascenseur parlent du confinement, de l'enfermement, et donc sont en correspondance avec la promiscuité des mineurs dans la cage, leur fragilité face à la machine.

 

 

Pour l'exposition « Centrale 7 et Cie » , ce travail a trouvé place sur la cage de fer qui descendait quotidiennement les mineurs au fond ,par groupes de16 à la fois, de 6 mètres par secondes.

Le cheval Courton6 y prenait place également avec son maître pour sa journée de labeur, il était remonté à la surface le soir pour passer la nuit dans sa pâture à l 'air libre.Un privilége à Bois II, car souvent les chevaux passaient leur vie au fond,sans voir la lumiére dans d'autres mines.

 

Il y a donc dans mon travail sur le lieu, un décollement des traces de la machine pour la bâche ainsi qu'une mise en évidence de l'humain par les boîtes installées sur le vestige de la cage.

 

1« Blanc comme un linge » proposé pour l'exposition « Blanc » en 2001 au château de Villiers Draveil 91.

2Voir L'Art de marcher Barbara Solnit, éd. Actes Sud, Paris 2002.

3Le géotextile Bidim sert à drainer en souscouche les sols.

4Exposition « Centrale 7 et Cie » Carreau de la mine de fer de Nyoiseau 49500, du 11 septembre au 18 octobre 2009.

5MONDZAIN Marie, Homo spectator, éd. Bayard, Paris, 2007, p. 29.

6Récit de Pierrot, mineur 33 ans de fond, carreau de la mine de Bois II, Nyoiseau 49500..

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