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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 10:47


4eme épisode de la Série sur l'Art en Friche
En savoir plus sur l'Art en Friche ? cliquez ici

Témoignage de Schurder, artiste résident du collectif Art Cloche

A l'aube des années 80, une poignée d'artistes fauchés décidèrent de conquérir Paris afin de réaliser leur grand rêve - Que Paris redevienne la capital de l'art -
Comme dans toute grande idée il y a toujours quelque chose qui cloche - Ils prirent le nom d'ART -CLOCHE.

Et voici leur histoire.

Le soir est triste et froid -

La lune solitaire donne comme à regret ses rayons à la terre Le vent de la ville jette un cri déchirant -

Le flot de l'art semble une voix qui pleure -

Et la cloche des musées fait vibrer d'exposition en exposition 8Dans le ciel nuageux son glas de fin de règne -

C'est le 1er Novembre -

Au fond de l'atelier on entend chaque artiste affûter ses pinceaux.

C'est sur cette terre de désolation qu'à l'aube des années 80 une poignée d'artistes fauchés décidèrent de conquérir Paris -

Armés de leurs boîtes de couleurs ils montèrent à l'assaut de la capitale endormie

Cet art nomade de l'urgence - du quotidien - de la place publique -de la vie de tous les jours.

Où le bien et le mal se retrouvent et s'affrontent

Où l'amour et la haine se rencontrent et s'accouplent Où la joie et la peine s'expriment et communient Où le beau et le laid s'aiment et s'unissent

Car

Tant qu'y'a d'la CLOCHE - y'a d'la vie Tant qu'y'a d'l'ART -CLOCHE - y'a d'l'espoir

Descendant de leurs lointaines montagnes - Animés de leur amour de l'art (ils arrivèrent de partout.

Pékin - Moscou - Shanghai - Minsk - Venise - Meknès - Montréal - Rome - Berlin ÀNew-York - Porto - Bordeaux - Bourgogne -

Ils s'appelaient- Pawlowski - Starck - Schurder - Lolochka - Saban - Milovskaya - Yankel Pilar- Yane- Barbanti - Shigéo - Leuk - Smimoff-Till - Zbona

D'autres beaucoup d'autres vinrent les rejoindre.

Cette avant-garde sauvage des années de détresse apporta un souffle salutaire et salvateur à l'art formolé de ce siècle déclinant -

Ils révolutionnèrent l'art de la pratique artistique par le squatt Vomissant artistiquement le désespoir dans lequel se trouve l'artiste - Obligé d'occuper un espace pour travailler.

A l'insécurité de sa condition - s'ajoute l'inquiétude pour sa production qui peut être détruite du jour au lendemain - Chaque oeuvre esquissée est une oeuvre en péril qu'il doit protéger -Ils envahirent les friches industrielles et urbaines les transformant en palais mystérieux

abritant d'inquiétantes expositions.

Ils clouaient - collaient - liaient - assemblaient - les restes - rebuts de notre société industrielle crucifiant les vieilles gloires embaumées de nos musées catacombes Ainsi fleurirent dans ce Paris fossilisé sur les ruines glorifiées de nos cadavres exquis des ateliers - des galeries des expositions aux concepts les plus incongrus les uns que les autres.

Ils posèrent les fondations d'un nouvelle art qu'ils baptisèrent ART -CLOCHE au nom de la liberté et de l'amour

Tant qu'y'a d'la CLOCHE y'a d'la vie Tant qu'y'a d'l'ART -CLOCHE y'a d'l'espoir



VIE D’ARTISTE

Je vais quelque peu écorner cette image d'EPINAL que vous avez de la vie d'artiste mais que voulez-vous l'ART ce dernier bastion de liberté qu'il nous reste ---- Alors protégeons -le.

Je me vois dans l'obligation d'abandonner ce tableau -je ne puis plus le nourrir -

Tout a commencé il y a quelque temps - Bien peinard dans mon atelier-je rêvassais sur la Schair et le Sang de mes victimes- Quand une faim lancinante sournoisement installée depuis quelques jours importune ma rêverie Un plein d'puces passant par là je louche lorgne le soupèse de désir et d'envie d'un coup bref rapide l'envoie sur la croix rejoindre son grand frère 
Comme la peinture ça s'bouffe pas et qu'ça sert à rien j'l'apprête en civet et calme ainsi ma faim - Ma foi il n'avait pas si

mauvais goût il était assez consistant même et collait bien à l'estomac -Je me fis ainsi une nouvelle santé et au cours des semaines -- tous ses petits amis Y passèrent - Comme les têtes y'a rien à bouffer d'dans --J'les abandonnais dans des boîtes aux lettres - récupérées sur les chantiers de démolition- Chacune d'elles finit bientôt par recevoir une petite tête saignante j'en avais une dizaine quand ma voisine du dessus vint frapper à ma porte...

Monsieur -- qu'elle m'fait -- vous n'auriez pas vu mon mignon - Il a disparu depuis quelques jours et impossible de le

dénicher- Non M'dame - que j'lui fais - j'ai pas vu votre mignon- Ah bon qu'elle m'fait s'cusez-moi d'vous avoir dérangé -

De rien qu'j'lui réponds- Merci - qu'elle m'fait.

Mais je voyais bien que ma nouvelle santé la turlupinait - Moi qui depuis des années traînais une anémie boutonneuse pas très réjouissante et reposante voilà que tout à coup -- sans autre revenu que mes médiocres ventes -- je me mets à refleurir et à prendre du poil de la bête sans héritage ni amélioration de situation -

ça d'vait les faire jaser les mémés du quartier surtout que j'n'reçevais jamais de visite - seulement leurs petits pleins

d'puces et un à un leurs mignons avaient disparu - j'avais peur qu'elles se mettent à fouiller mes poubelles- aussi je me résignais à bouffer les os - je sentais bien que l'on m'épiait et j'en vins à ne plus sortir du squatt tellement j'étais pas tranquille - moi qui ne dérangeais personne et dont le seul crime était de bouffer du chat au lieu de lapin - de cochon - ou de vache enragée me voilà réduit à la vie d'ermite -alors que je n'ai aucune disposition pour ces trucs là -

Un incident banal me fit sortir de ma retraite et - sans prendre garde -je m'éloignais de l'atelier le laissant sans surveillance
-C'est ce moment rêvé -tant attendu par ma voisine qui fit mon malheur - ELLE - profitant de mon absence poussa la porte et fureta au hasard de sa curiosité

Lorsqu'elle ouvrit la première boîte aux lettres elle ne s 'attendaitpas - là-dedans - à retrouver son mignon - et elle

retrouva aussi les pleins d'puces-de ses copines Alors elle gueula elle gueula si fort qu'elle ameuta tout le quartier et elle gueula qu'elle le reconnaissait bien là son plein d'puces - et que c'était un crime - et qu'on l'avait bouffé son mignon - et que j'étais un salaud un sadique un dégueulasse on devrait me faire la même chose une charogne j'étais - et la petite d'en face qu'avait disparu - certainement qu'on la retrouverait aussi - coupée en petits morceaux - dans mes petites boîtes -

Revenant sans méfiance - quand je vis tout ce monde devant ma porte - que j'entendis tous ces hurlements - je compris assez vite surtout que ça gesticulait et bousculait dur là devant

je sauvai quelques tableaux que j'abandonnai au hasard des rencontres - vu qu'on ne me laissera pas tranquille tant que je boufferais du chat à la place de vache enragée - pourtant - je ne fais de mal à personne - je n'embête pas les gens - je les laisse bien tranquille avec leurs grandes affaires et petits commerces -

C'est ainsi que je perdis mon quatrième atelier et que je m'exilai à Saint -Germain des Prés,


SCHURDER

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